Master of the Crossroads - Madison Smartt Bell [418]
Jean-François, Général de S.M.C.10
FROM CHAPTER 17
Vous demandez si un républicain est libre? Il faut être esclave pour faire une pareille demande. Osez-vous bien, vous Jean-François, qui avez vendu à l’Espagnol vos frères, qui actuellement fouillent les mines de cette détestable nation, pour fournir à l’ostentation de son roi....11
Toussaint-Louverture à tous ses frères et soeurs actuellement aux Verrettes.
22 mars 1795
Frères et soeurs,
Le moment est arrivé où le voile épais qui obscursissait la lumière doit tomber. On ne doit plus oublier les décrets de la Convention nationale. Ses principes, son amour pour la liberté sont invariables, et désormais il ne peut pas exister d’espoir de l’écroulement de cet édifice sacré. . . .
Art 6.—Le travail est nécessaire, c’est une vertu; c’est le bien général de l’Etat. Tout homme oisif et errant sera arrêté pour être puni par la loi. Mais le service aussi est conditionné et ce n’est que par une récompense, un salaire justement payé, qu’on peut l’encourager et le porter au suprême degré....12
FROM CHAPTER 19
Verrettes, le 23 pluvi ôse, l’an IV de la République française (12 février 1796)
Mon cher frère et ami,
Je vous envoie trois de mes officiers, pour vous porter un paquet que le général et gouverneur de Saint Domingue me charge de vous faire parvenir. Malgré que je n’ai pas le plaisir de vous connaître, je sais que, comme moi, vous portez les armes pour la défense de nos droits, pour la liberté générale; que nos amis les commissaires civils Polverel et Sonthonax avaient la plus grande confiance en vous, parce que vous étiez un vrai républicain. Aussi je ne puis croire aux bruits injurieux que l’on fait courir sur vous: que vous avez abandonné votre patrie, pour vous coaliser avec les Anglais, ennemis jurés de notre liberté et égalité.
Serait ce possible, mon cher ami, qu’au moment où la France triomphe de tous les royalistes et nous reconnaît pour ses enfants, par son décret bienfaisant du 9 thermidor, qu’elle nous accorde tous nos droits pour lesquels nous nous battons, que vous vous laisseriez tromper par nos anciens tyrans, qui ne se servent d’une partie de nos malheureux frères que pour charger les autres de chaînes? Les Espagnols, pendant un temps, m’avaient de même fasciné les yeux, mais je n’ai pas tardé à reconnaître leur scélératesse; je les ai abandonnés et les ai bien battus; j’ai retourné à ma patrie qui m’a reçu à bras ouverts et a bien voulu récompenser mes services. Je vous engage, mon cher frère, de suivre mon exemple. Si quelque raisons particulières, vous empèchaient d’avoir la confiance dans les généraux de brigade Rigaud et Beauvais, le gouverneur Laveaux, qui est notre bon père à tous, et en qui notre mère patrie a mis sa confiance, dois aussi mériter la vôtre. Je pense que vous ne me la refuserez pas aussi à moi, qui suis un noir comme vous, et qui vous assure que je ne désire autre chose dans le monde que de vous voir heureux, vous et tous nos frères. Pour moi, je crois que nous ne pouvons l’être qu’en servant la République française; c’est sous ses drapeaux que nous sommes vraiment libres et égaux. Je vois comme cela, mon cher ami, et je ne crois pas me tromper. S’il m’avait été possible de vous aller voir, j’aurais eu le plaisir de vous embrasser, et je me flatte que vous ne m’auriez pas refusé votre amitié. Vous pouvez vous en rapporter à ce que vous diront mes trois officiers; ce sera la vérité. Si, quand ils reviendront, vous voulez m’envoyer deux ou trois des vôtres, nous causerons ensemble, et je suis sûr que je leur donnerai de si bonnes raisons, qu’ils vous ouvriront les yeux. S’il est possible que les Anglais aient réussi à vous tromper, croyez-moi, mon cher frère, abandonnez-les, réunissez-vous aux bon républicains, et tous ensemble chassons ces royalistes de notre pays: ce sont des scélérats que veulent nous charger encore de ces fers honteux que nous avons eu tant de peine à briser. Malgré tout ce qu’on m’a dit de vous, je ne doute point que vous soyez un