Master of the Crossroads - Madison Smartt Bell [422]
Aveugles qu’ils sont! ils ne peuvent s’apercevoir combien cette conduite odieuse de leur part peut devenir le signal de nouveaux désastres et de malheurs irréparables et que, loin de leur faire regagner ce qu’à ses yeux la liberté de tous leur fait perdre, ils s’exposent à une ruine totale et la colonie à sa destruction inevitable. Pensent-ils que des hommes qui ont été à même de jouir des bienfaits de la liberté, regarderont calmement qu’on les leur ravisse? Ils ont supporté leurs chaînes tant qu’ils ne connaissent aucune condition de vie plus heureuse que celle de l’esclavage. Mais aujourd’hui qu’ils l’ont quittée, s’ils avaient un millier de vies, ils les sacrifieraient plutôt que d’être de nouveau soumis à l’esclavage. Mais non, la main qui a rompu nos chaînes ne nous asservira pas à nouveau. La France ne reniera ses principes. . . . Mais, si pour rétablir l’esclavage à Saint Domingue, on faisait cela, alors je vous déclare, ce serait tenter l’impossible; nous avons su affronter des dangers pour obtenir notre liberté, nous saurons affronter la mort pour la maintenir. Voilà, citoyens directeurs, la morale de la population de Saint Domingue, voilà les principes qu’elle vous transport par mon intermédiaire. . . .21
FROM CHAPTER 29
Un colon blanc qui possédait sa confiance voulut aussi se rétirer; il l’arrêta et luis dit: “Non, restez, vous n’êtes trop avec moi. Je pourrais bien le faire arrêté . . .; mais Dieu m’en garde . . . j’ai besoin de M. Rigaud . . . il est violent . . . il me convient pour faire la guerre . . . et cette guerre m’est necessaire. . . . La caste des mulâtres est supérieure à la mienne . . . si je lui enlevais M. Rigaud, elle trouverait peut-être un chef qui vaudrait mieux que lui. . . . je connais M. Rigaud . . . il abandonne son cheval quand il galope . . . mais il montre son bras quand il frappe . . . moi je galope aussi, mais je sais m’arrêter sur place; et quand je frappe, on me sent, mais on ne me voit pas. . . . M. Rigaud ne sait faire des insurrections que par du sang et des massacres . . . moi je sais aussi mettre le peuple en mouvement. Il gémit, M. Rigaud de voir en fureur le peuple qu’il excite . . . mais je ne souffre pas la fureur . . . quand je parais il faut que tout se tranquilise.”22
FROM CHAPTER 30
“Quoi, n’ai-je pas donné ma parole au général anglais? Comment pouvez-vous supposer que je me couvrirais d’infâmie en la violant? La confiance qu’il a en ma bonne foi l’engage à se livrer à moi, et je serais déshonoré pour jamais, si je suivais vos conseils. Je suis tout dévoué à la cause de la République; mais je ne la servirai jamais au dépens de ma conscience et de mon honneur.”23
FROM CHAPTER 31
Gens de couleur qui depuis le commencement de la révolution trahissez les noirs, que désirez-vous aujourd’hui? Personne ne l’ignore; vous voulez commander en maîtres dans la colonie; vous voulez l’extermination des blancs et l’asservissement des noirs! . . . Mais y réfléchissez-vous hommes pervers qui vous êtes à jamais déshonorés par l’embarquement et ensuite l’égorgement des troupes noires connues sous la dénomination des suisses. Avez-vous hésité à sacrifier à la haine des petits-blancs ces malheureux qui avaient versé leur sang pour votre cause? Pourquoi les avez-vous sacrifiés? Pourquoi le général Rigaud refuse-t-il à m’obéir? C’est parce que je suis noir; c’est parce qu’il m’a voué, à cause de mon couleur, une haine implacable. Pourquoi refuserait-t-il d’obéir à un général français comme lui, qui a contribué plus que n’importe qui à l’expulsion des Anglais? Hommes de couleur, par votre fol orgueil, par votre perfidie vous avez déjà perdu la part que vous possédiez dans l’exercice des pouvoirs politiques. Quant au général Rigaud, il est perdu; il est sous mes yeux au fond d