Stone That the Builder Refused - Madison Smartt Bell [469]
Au citoyen Toussaint Louverture, général en chef de l’armée de Saint Domingue. Citoyen Général,
La paix avec l’Angleterre et toutes les puissances de l’Europe qui vient d’asseoir la République au premier degré de puissance et de grandeur, met à même temps le gouvernementde s’occuper de la colonie de Saint-Domingue. Nous y envoyons le citoyen général Leclerc, notre beau-frère, en qualité de capitaine-général comme premier magistratde la colonie. Il est accompagné de forces convenables pour faire respecter la souveraineté du peuple français. C’est dans ces circonstances que nous nous plaisons à espérer que vous allez nous prouver, et à la France entière, la sincérité des sentiments que vous avez constamment exprimés dans tous les lettres que vous nous avez écrites. Nous avons conçu pour vous de l’estime, et nous nous plaisons à reconnaître et à proclamer les grands services que vous avez rendus au peuple français; si son pavillon flotte sur St-Domingue, c’est à vous et aux braves noirs qu’il le doit.
Appelé par vos talents et la force des circonstances au premier commandement, vous avez détruit la guerre civile, mis un frein à la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la religion et la culte de Dieu de qui tout émane.
La constitution que vous avez faite, en renfermant beaucoup de bonnes choses, en contient qui sont contraires à la souverainté du peuple français. Les circonstances où vous vous êtes trouvé, environné de tous côtés d’ennemis, sans que la Métropole puisse ni vous secourir, ni vous alimenter, ont rendu légitimes les articles de cette constitution qui pourraient ne pas l’être; mais aujourd’hui que les circonstances sont si heureusement changées, vous serez le premier à rendre hommage à la souverainté de la nation qui vous compte au nombre de ses plus illustres citoyens, par les services que vous lui avez rendus, et par les talents et la force de caractère dont la nature vous a doué. Une conduite contraire serait inconciliable avec l’idée que nous avons conçue de vous. Elle vous ferait perdre vos droits nombreux à la reconnaissance de la République, et creuserait sous vos pas un précipice qui en vous engloutissant, pourraitcontribuer au malheur de ces braves noirs dont nous aimons le courage, et dont nous nous verrions avec peine obligés de punir la rebellion. Nous avons fait connaître à vos enfants et à leur précepteur les sentiments qui nous animaient, et nous vous les renvoyons. Assistez de vos conseils, de votre influence et de vos talents le capitaine-général.Que pouvez vous désirer? La liberté des noirs? Vous savez que nous dans tous les pays où nous avons été, nous l’avons donné aux peuples que ne l’avaient pas. De la considération, des honneurs, de la fortune! Ce n’est pas après les services que vous avez rendus, que vous rendrez encore dans cette circontance, avec les sentiments particuliersque nous avons pour vous, que vous devez être incertain sur votre considération,votre fortune et les honneurs qui vous attendent.
Faites connaître aux peuples de St-Domingue que la sollicitude que la France a toujours portée à leur bonheur a été souvent impuissante par les circonstances impérieuses de la guerre; que les hommes venus du continent pour l’agiter et alimenter les factions était le produit des factions qui elles-mêmes déchiraient la patrie; que désormais la paix et la force du gouvernement assurent leur prospérité et leur liberté. Dites que si la liberté est pour eux le premier des biens, ils ne peuvent en jouir qu’avec le titre de citoyens français, et que tout acte contraire aux intérêts de la patrie, à l’obéissancequ’ils doivent au gouvernement et au capitaine-général qui en est le délégué, serait un crime contre la souverainté nationale qu’éclipserait leurs services et rendrait Saint-Domingue le théâtre d’une guerre malheureuse où des pères et des enfants s’entregorgeraient. Et vous, général, songez que si vous êtes le premier de votre couleur qui soit arrivé à une si grande puissance et qui se soit distingué par sa bravoure et ses talents militaires, vous êtes aussi devant Dieu