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War and Peace - Leo Tolstoy [243]

By Root 3394 0
avec des acclamations de joie et de triomphe.

Le 4 arrive le premier courrier de Pétersbourg. On apporte les malles dans le cabinet du maréchal, qui aime à faire tout par lui-même. On m’appelle pour aider à faire le triage des lettres et prendre celles qui nous sont destinées. Le maréchal nous regarde faire et attend les paquets qui lui sont adressés. Nous cherchons—il n’y en a point. Le maréchal devient impatient, se met lui-même à la besogne et trouve des lettres de l’Empereur pour le comte T., pour le prince V. et autres. Alors le voilà qui se met dans une de ses colères bleues. Il jette feu et flamme contre tout le monde, s’empare des lettres, les decachète, et lit celles de l’Empereur adressées à d’autres. “Ah, so that’s how they deal with me. They don’t trust me! Ah, there’s an order to keep an eye on me—very well, away with you!” Et il écrit le fameux ordre du jour au général Bennigsen.

“I am wounded, I cannot mount a horse, and therefore cannot command an army. You have brought your crushed corps d’armée to Pultusk: here it is exposed, without firewood, and without forage, and thus in need of help, and since you yourself were in touch with Count Buxhöwden yesterday, thought should be given to retreating to our border, which should be done today.”

“From all this riding around,” écrit-il à l’Empereur,*313 “I have got a saddle sore, which, on top of my previous bandages, totally prevents me from riding and commanding such a vast army, and therefore I have turned over the command to the general next in seniority to myself, Count Buxhöwden, sending him all my staff and everything pertaining to it, advising them, if there is no bread, to retreat further into the interior of Prussia, because there was only enough bread left for one day, and some regiments had none, as division commanders Ostermann and Sedmoretsky announced, and everything the peasants had has been eaten; and I myself am staying in a hospital in Ostrolenka until I am cured. Your most devoted servant submits this report, dating it, and observing that if the army remains in its present bivouac for another two weeks, by spring we will not have one healthy man left.

“Dismiss an old man to his country estates, who is left disgraced as it is that he cannot fulfill the great and glorious destiny for which he was chosen. I shall await your most merciful permission here in the hospital, to avoid playing the role of a scrivener rather than a commander of troops. My removal from the army will cause no greater stir than if a blind man was leaving it. There are thousands like me in Russia.”

Le maréchal se fâche contre l’Empereur et nous punit tous; n’est-ce pas que c’est logique!†314

Voilà le premier acte. Aux suivants l’interêt et le ridicule montent comme de raison. Après le départ du maréchal il se trouve que nous sommes en vue de l’ennemi, et qu’il faut livrer bataille. Boukshevden est général en chef par droit d’ancienneté, mais général Bennigsen n’est pas de cet avis; d’autant plus qu’il est lui, avec son corps en vue de l’ennemi, et qu’il veut profiter de l’occasion d’une bataille “aus eigener Hand,” comme disent les Allemands.

Il la donne. C’est la bataille de Poultousk qui est sensée être une grande victoire, mais qui à mon avis ne l’est pas du tout. Nous autres pékins avons comme vous savez, une très vilaine habitude de décider du gain ou de la perte d’une bataille. Celui qui s’est retiré après la bataille, l’a perdu, voilà ce que nous disons, et à titre nous avons perdu la bataille de Poultousk. Bref, nous nous retirons après la bataille, mais nous envoyons un courrier à Pétersbourg, qui porte les nouvelles d’une victoire, et le général ne cède pas le commandement en chef à Boukshevden, espérant recevoir de Pétersbourg en reconnaissance de sa victoire le titre de général en chef. Pendant cet interrègne, nous commençons un plan de manoeuvres excessivement intéressant et original. Notre but ne consiste pas, comme il devrait l’être, à éviter ou à attaquer l’ennemi; mais uniquement à éviter le général Boukshevden, qui par droit d’ancienneté serait notre

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